Baffo
était une petite fille mal élevée. Elle passait son temps
à se battre avec ses camarades et refusait obstinément de
travailler. De plus, elle ne pouvait voir un objet sans y
toucher.
Ses parents la punissaient souvent, mais c'était peine
perdue : elle n'en devenait pas meilleure pour cela.
Un jour, au marché, Baffo vit des petits canaris blancs.
Elle en prit un au creux de sa main et demanda au marchand
voisin : « Quel est le prix de ce canari ?
— Je n'en sais rien, répondit l'homme. Mais, de toute
façon, il n'est pas à vendre ! »
Sans prêter attention à ces paroles, Baffo jeta à terre
vingt pièces et s'éloigna en emportant le canari. « Quand
le marchand s'en reviendra, se dit-elle, il trouvera
l'argent à la place du canari. »
Or ces petits canaris blancs n'étaient autres que des
aigrettes qui, à chaque jour de marché, se transformaient
pour vivre un peu au milieu des hommes.
Avant que Baffo ait atteint sa case, le canari redevint
aigrette. L'oiseau saisit alors la petite fille et
s'envola avec elle jusqu'au sommet d'un grand arbre. Puis,
déposant Baffo sur une grosse branche, il reprit son vol
et disparut.
Baffo poussa des cris, suppliant les passants de prévenir
ses parents.
Ceux-ci accoururent, amenant avec eux leur chien noir qui
grimpa à l'arbre et en redescendit avec Baffo.
La leçon profita à la fillette qui se corrigea de son
indiscipline. Et, par reconnaissance, elle n'oublia
jamais, chaque fois qu'elle mangeait son couscous, d'en
donner la première et la dernière poignée au gros chien
noir qui l'avait tirée de ce mauvais pas.